Je prolonge à travers ces articles de presse une activité de réflexions critiques consacrées à l'espace informatif et qui a déjà donné (entre 2012 et 2024) des ouvrages analysant les discours politiques et sociaux relayés par les médias.
Avis sur "Jakaarloo bi"
(Regards croisés sur des questions cruciales)
Mon avis global est largement positif sur les présentations de cette émission, relativement à la conduite des débats, à la sérénité et à la pertinence des discours courageux produits. Bien sûr, j'aime le débat politique, je salue seulement aujourd'hui de grands moments de télévision qui nous sortent parfois du "Tout politique". Il est impossible de rejeter dans l'oubli les échanges épiques et inspirés dont nous avions été souvent témoins depuis plusieurs années.
Pour remonter loin dans le temps, "Jakaarlo bi" du vendredi 15 mai 2026 constitue, par exemple, un modèle de réussite, dans la gestion du dispositif.
On remarque une très grande perspicacité, comme toujours du reste ; une atmosphère assez détendue mais conviviale ; une très bonne entrée en complicité et dans la bonne humeur entre Der, Bouba et Malal. Mais il faut évidemment féliciter l'animateur "principal" pour sa prudence devant les allégations des uns et des autres et lui reconnaître une capacité remarquable de synthèse et de réorientation des intervenants vers l'intérêt recherché, dans le traitement de chaque question centrale.
Les séquences d'émissions qui m'ont particulièrement marquées récemment :
- débat sur les drogues et la santé des jeunes (santé mentale et du corps) cf. mon article de blog.
- débat sur l'urbanisation et les eaux (nappes phréatiques polluées et inondations) avec les interventions magistrales assorties de propositions envisageables à court, moyen et long terme de Nicolas S. Cissé (cf. "Jakaaloo bi" 10/10/2026). Le savoir de cet homme devrait être utilisé au bénéfice de la nation et du Sénégal, son pays qu'il aime viscéralement, tout le monde le voit bien, même s'il énonce ses convictions, davantage du point de vue de l'expert dans son domaine. Mais heureusement pour lui, je n'en doute pas, il n'éprouve aucun ressentiment, en homme qui connait de l'intérieur nos compatriotes qui préfèrent, parfois, le népotisme à l'intérêt supérieur de la nation.
Toutes les informations, évocations et propositions que les invités du jour (ou de ce soir-là) nous ont prodiguées, lors de cette émission, réalisent, à mon sens, un excellent état des lieux de nos nombreux problèmes de sous-développement et la grande part de responsabilités non assumées, de six régimes politiques, qui se sont succédé avec pour mission de résoudre nos problèmes.
A propos de l'émission"Ndoumbélane"
(Débusquer la fourberie et dire le vrai sur le sort du peuple, pour alerter)
Un espace où l'on décortique les problèmes nationaux et les difficultés vécues par les populations, avec le souci constant et assumé d'accompagner les luttes de nos concitoyens pour leur dignité. Le choix d'un style volontairement offensif caractérise les prises de position habituelles des invités. Mais les contributions sont sans ambiguïté, chez les principaux intervenants de ces rencontres fructueuses.
J'ai suivi pendant les moments de tension extrême, au Sénégal, les numéros de Ndoumbélane, et apprécié la pertinence des points de vue développés. Avec Oumar Faye et Fofana, les discours sont détaillés et documentés, et relaient des informations de base, touchant les insuffisances des services étatiques et les négligences des populations.
Tout se dit avec le franc parler, la tonalité tranchante et le style approprié des uns et des autres : le sérieux et la précision de Alioune Sow, le désir de démontrer par l'absurde à travers des exemples précis, chez Ameth Ndoye. Le style d'animation de Mohamed Diop est d'orientation nettement enjouée, mais fermement à cheval sur les procédures de gestion du temps et des prises de parole.
Il faut signaler et magnifier les passages des femmes engagées dans la lutte partisane, sur tous les plateaux, mais surtout à travers des chaînes comme SenTv, où elles mènent leurs combats, avec une très grande détermination, selon leurs appartenances ou sensibilités politiques. On peut donner l'exemple d'Aissatou Diop Fall, une figure féminine de premier plan du journalisme sénégalais, qui a toujours fait montre d'un courage exceptionnel, à un moment où il était difficile d'user de sa liberté d'expression, chez nous.
Ces précieux temps de paroles nous ont beaucoup aidé à comprendre énormément de choses et à faire le lien entre des événements dont le rapport n'est pas toujours aisé à percevoir.
(A suivre)
Pr. Birahim Thioune
